Si tristement ordinaire, Patrick Besson. Il est une grosse caisse, au son grave d'un chauvinisme indécrottabe. Comment s'étonner qu'il résonne comme un tambour quand les médias se font les relais de la xénophobie ambiante depuis le lancement officieux de la campagne présidentielle ? Tout le monde semble parti à la chasse à la Marine et à ses électeurs charmés par le binaire effrayant de ses slogans.

De dérapages en obsession

Guéant dégoupille et veut virer tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à un étranger, un œil sur les sondages d'opinion, un œil sur les chiffres de reconduites à la frontière. Une sorte de Téléthon inversé ! Surtout battre le record avant minuit, et mettre la tête de la fraternité sous l'eau. Encore plus simple pour lui serait de sortir le burin et de rayer la mention inutile au fronton de tous les bâtiments publics. Ainsi, même Alain Minc s'est ému de la circulaire sur les étudiants étrangers. Et pour émouvoir Minc, il en faut une dose !

Pire, la gauche s'y met, dérapant sur les flaques douteuses des huiles sombres des siècles révolus, comparant Merkel à Bismarck et Sarkozy à Daladier. L'outil est grossier, la visée absurde, et le résultat certainement contre-productif. C'est dire si la tentation de glisser doit être grande, pour tous ces acteurs/victimes(?) de l'immédiat politique ; "exister, exister!", "apparaître, être audible, visible!", etc. Une guerre des mots autant qu'une guerre des nerfs semble s'installer. La vigilance ne doit en être que plus grande ! Mais que dire d'un éditorialiste, un journaliste, censé œuvrer avec recul pour fournir une analyse ? Le dérapage devient un calcul, la glissade une stratégie, et finalement la parole une conviction. La gravité des propos n'en est que plus irréversible.

Xénophobie cauteleuse

Le vrai scoop de la tribune de Patrick Besson dans Le Point, est la faisceau de preuves de sa bétise crasse, dans ces lignes en une francisque esquissée. Comment appeler ça autrement que de la bétise ? Stigmatiser l'accent d'une candidate à l'élection présidentielle, en insistant sur ses origines étrangères ? De "l'hostilité à ce qui est étranger"*, de la xénophobie. Mais vouloir attirer l'attention ici, quand là, un président de la République ou certains de ses ministres font d'une syntaxe approximative une fierté ? C'est de la bétise, 100% pure souche. Par ailleurs, Mme Joly (puisque c'est elle dont il s'agit lorsque Besson, se croyant drôle, écrit "Zalut la Vranze!") est sans doute le plus européen des candidats en présence. Même si sa candidature peut, pour ce qu'elle est, rester discutable (mais c'est un autre débat), de par sa vie polyglotte, sa bi-nationalité, elle incarne ce futur que d'aucun appelle fédéralisme européen. Que l'on y croit ou non, qu'on le souhaite ou non, elle incarne ce futur d'échanges accrus entre les pays de l'Union.

Patrick Besson, dans son imbécibilité cauteleuse plus large que le plus large des élargissements européens, ne cherche qu'à lécher dans son sens le plus bassement naturel le poil hérissé de l'électeur à courte vue. Cet électeur qui croit responsable de tous ses maux le premier poussé dans son angle de tir par le consensus nauséabond, tire sans sommation un bulletin FN dans la boîte, un appel aux autorités pour que la bête meurt (ainsi vu à Brest avec cet homme victime de la rumeur). 

Incompétence linguistique

Dés lors, laissons à leur petite haine ronronnante les éditorialistes monolingue. En revanche il y a une pertinence à pointer de plus dramatiques effets comiques. En effet, comment réagir si ce n'est par un rire navré, à l'incompétence linguistique d'un Ministre des Finances, tel que François Baroin ? Voilà un homme qui ne parle pas un mot d'anglais, qui est censé diriger au nom de la France (vous savez ce pays, l'un des deux moteurs de l'Europe) les discussions avec les partenaires européens de la stratégie de sortie de crise. Et lorsque l'on discute à 19, on s'entend comment ? En parlant la langue de l'aéronautique, de Shakespeare et des marchés. "Roger, roger, the french guy doesn't understand que pouic... Go, go, go !". Ce n'est pas pour jeter la pierre à ce ministre qui a visiblement atteint son seuil de Peter**, mais pour distinguer l'incohérence du propos, l'injustice de l'attaque autant que l'existence de tellement plus nombreuses raisons de s'en faire, linguistiquement parlant. Seulement, c'est beaucoup moins vendeur que de taper sur l'étrangère (heureusement pour elle, Joly n'est pas autrichienne!), beaucoup plus anxiogène, et bien moins courtisan.

Résultat, on nous serine que La France et l'Allemagne tiennent la barre, et restent les capitaines indiscutés du navire européen. Mais que fait-on lorsque le capitaine hurle "on coule!", et que tout le monde répond "What?" ?

Gageons que messieurs Patrick Besson & Co comprennent très rapidement que sont de plus en plus nombreux ceux qui toussent à leur écran de fumée.

 

* Principe de Peter :

- un employé compétent à un poste donné est promu à un niveau hiérarchique supérieur ;

- un incompétent à un poste donné n'est pas promu à un niveau supérieur.

 Et donc le corollaire de Peter :

« Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité. »

Car :

- un employé ne restera dans aucun des postes où il est compétent puisqu'il sera promu à des niveaux hiérarchiques supérieurs ;

- par suite des promotions, l'employé finira (peut-être) par atteindre un poste auquel il sera incompétent ;

- par son incompétence à ce poste, l'employé ne recevra plus de promotion, il restera donc indéfiniment à un poste pour lequel il est incompétent ;

- et donc, in-fine, à long terme, tous les postes finissent par être occupés par des employés incompétents pour leur fonction.