Hier soir, sur le plateau de “Mots Croisés”, très moche exemple de la politique de l’émotion. Sur le sujet trop (?) brûlant de la mort de la “petite Agnès”, un plateau plutôt haut de gamme était réuni pour débattre de potentielles défaillances du système judiciaire. Elisabeth Guigou, Rachida Dati, Matthieu Bonduelle (juge d’instruction et Secrétaire Général du Syndicat de la magistrature), Pierre Lamothe (psychiatre spécialisé dans la criminologie et Chef du service médico-psychologique régional de Lyon), et Georges Fenech, ancien député UMP du Rhône, également ancien magistrat, et Président de la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires).

Après plus d’une heure de débat, le “jeu” de l’émotion poussa M. Fenech à déborder de sa petite casserole de rhétorique sécuritaire. Alors que le débat s’intérressait à la question du “secret partagé” (à partager ou non avec le chef d’établissement, ce sur quoi tous s’accordaient plutôt), Georges Fenech décida de lâcher les chevaux. Dans une série de caresses d’une démagogie crasse et voyante comme une Rolex, M. Fenech partit chasser sur les terres du Front National (favorable au rétablissement de la peine de mort pour les tueurs d’enfants). Georges Fenech appela de ses vœux un système d’information à l’américaine, où tout citoyen peut savoir si un criminel n’habite pas dans son périmètre.

Et ce (prétendu) responsable politique, habituellement occupé à surveiller les dérives sectaires se laissa aller à une dérive délatrice, non-loin d’un appel au lynchage et à la stigmatisation. Pour la flatterie des plus bêtements effrayés, il prit le frappant exemple d’une mère accompagnant son enfant à la crêche, et forcément désireuse de savoir si un pédophile ne vit pas dans l’immeuble d’à côté. Et hop à la poubelle les condamnés libérés parce que soignés ! Hop à la benne, les 10% de récidivistes pour 90% de libérés sans histoire ! Au feu le droit de se reconstruire après avoir payer sa dette à la société. Mais pourquoi se compliquer la tâche ainsi, M. Fenech, le bagne est tellement plus simple. Il y a si peu de crêche dans la jungle en Guyane ou ailleurs. Et puis c’est vrai que la guillotine, c’est moins cher !

Que M. Fenech se renseigne sur les dérives (lui qui s’y connait!) possibles et avérées d’un tel système. Ainsi je l’invite à imaginer les milices de quartier qui ne manqueraient pas de se constituer pour chasser très loin le forcément “voisin-monstre”. Je l’incite à visionner “Minority Report”, ce film de science-fiction mettant en scène une police qui arrête les citoyens avant qu’ils ne commettent quelque délit que ce soit sur la foi de calculs informatiques et statistiques de probabilité, et finalement le chaos lorsque les calculs “buguent”. Voilà pour les possibles.

Mais surtout J’implore Georges Fenech d’étudier cette “jolie” et réelle dérive : grâce à la loi américaine que M. Fenech appelle de ses vœux,  il existe une compagnie américaine, la société Intelius, qui, pour moins de 20 dollars (payés en ligne sur leur site internet), vous permet, citoyens de tous poils, de tout connaître du passé judiciaire de vos concitoyens (des PV impayés au crime, en passant par l’activisme politique ayant valut au moins une interpellation...).

Fenech ou l’émotion qui sent vraiment trop fort !

ci-dessous l'extrait audio que j'ai capté lors de l'émission

Fenech_Mots_Croise_s

ci-dessous, le lien pour revoir l'émission complète

http://www.pluzz.fr/mots-croises-2011-11-21-22h15.html