S’il n’y avait que les cas Buisson (pour l’inspiration) et Guéant (pour l’application), la tendance extrêmement droitière compatible serait facilement circonscrite. Mais il faut bien admettre que les porosités sont bien plus nombreuses et bien plus complexes.

L’école Occident

Ainsi, trouve-ton au gourvernement depuis l’élection de 2007, toute une frange de sexagénaires ont usé leur barre de fer sur le crâne de gauchistes dans les années ’60, au sein du groupuscule Occident. L’idéologie était simple : anti-communisme, Algérie Française, pouvoir fort et rejet du “mythe de l’élection”, anti-libéralisme, nationalisme...

Parmi ces énervés de l’extrême-droite de l’époque, on trouve quelques-unes des notables figures de la droite : ainsi Patrick Devedjian, Alain Madelin, Gérard Longuet, Hervé Novelli, Claude Goasguen.

Si Devedjian a rapidement quitté Occident en 1967 après avoir découvert et rencontré Raymond Aron, et avoir tout de même subi le supplice de la baignoire, et a toujours dit “C'était ma première expérience politique. Bien sûr, je la regrette, je me suis totalement trompé”, d’autres, parmi lesquels deux membres des gouvernements Fillon 1,2, et 3 n’ont pas suivi cette ligne de rupture et se sont au moins en apparence ramollis et suffisamment liquéfier pour parvenir à se glisser dans des habits plus respectables de la droite républicaine.

Hervé Novelli extrêmement fidèleHNovelli

Ainsi Hervé Novelli, ex-secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’artisanat et des PME-PMI, déclare au sujet de cette période “Je n’ai pas un regret, Occident, c’était un engagement anticommuniste dans lequel je me reconnais toujours. C’est une époque révolue, il en reste une sorte d’amitié liée à l’adolescence”. Mais il faudrait pas croire qu’il s’arrêta en si bon chemin. M. Novelli persista dans l’extrême-droite jusqu’au début des années ’80. Il confonda le GUD, puis rejoignit Ordre Nouveau jusqu’en 1973, avant suivre le jeune Front National, avant de finir son parcours d’extrême-droite au parti des Forces Nouvelles, jusqu’en 1981. Certes les débouchés pour un membre de ce genre d’organisation sont limités. Sa carrière décolla vraiment à partir du moment où il s’encarta dans une boutique plus fréquentable, l’UDF. À ceux qui pourraient s’outrer de sa conversion, l’homme répond avec légèreté: “Ne tombons pas dans le piège de la béatification de l’extrême gauche et de la diabolisation de l’extrême droite”.

GLonguetGérard Longuet droitier durable

Il en est un autre qui a démontré une persistance convaincue dans l’extrême-droite. Aujourd’hui Gérard Longuet semble vouloir se cacher derrière une amende très euphémique, bien qu’honorable : “J'assume avoir été d'extrême droite. On s'est simplement trompés sur le modèle colonial, qui ne pouvait perdurer”. Mais Gérard Longuet, actuel Ministre de la Défense, ne s’est pas arrêté à Occident. “L’homme sans biographie” comme l’a dénommé un article de Marianne, ne revendique pas (et loin de là!) son parcours aux profonds confins de l’extrême-droite française. Son parcours lui a permis d’accompagner son camarade Novelli au GUD, dont il rédigea la charte, puis à Ordre Nouveau, dont il fera partie de la direction avec Claude Goasguen (actuel député du XVIe arrondissement de Paris). À sa sortie de l’ENA, en 1973, il a déjà rédigé le premier programme économique du Front National (en 1972). Son éloignement progressif avec l’extrême-droite française semble s’expliquer davantage par son parcours au sein de la préfectorale, que par un éloignement idéologique. En effet, bientôt intégré à différents cabinets ministériels, il continue de fréquenter le très droitier Club de l’Horloge alors qu’il touche son premier maroquin, en 1986.

Guillaume Peltier précoce à l’extrême

Le développement durable appliqué à la droite française qui consiste à recycler des huiles trentenaires de l’extrême-droite en des utilités plus présentables ne date pas seulement d’hier, et semble vouloir survivre aux époques à tous les changements de mœurs politiques. Aujourd’hui, à 35 ans, Guillaume Peltier a intégré la “cellule riposte” de l’UMP, chargé de décrypter l’opinion publique et de riposter aux attaques médiatiques adverses. Parmi les conseillers de Sarkozy, il rejoint son mentor, Patrick Buisson. Guillaume Peltier est en pleine opération blanchiment de son parcours politique, déjà vieux de vingt ans. Il adhère en 1995 au FN, puis devient le directeur adjoint du FNJ en 1998, avant de rejoindre le MNR de Bruno Mégret. Parallèlement, il fonde avec deux des dirigeants du MNR une association, Jeunesse Action Chrétienté, qui s’oppose au PACS, à l’IVG, à l’euthanasie, à la pilule du lendemain...

GPeltierPuis en 2001, il rencontre Philippe De Villiers qui “l’épate”, dit-il. La France fait alors connaissance avec la boîte à outils du nobliau vendéen, qui commence à fréquenter les médias pour y dénoncer le Pacs toujours, l’abolition de la peine de mort (il avait six ans lorsque l’abolition fut votée), et l'"islamisation de la France". Il est ainsi très fier de dire : “On a été les premiers à parler de la burqa en 2006, des minarets, de la polygamie". Au sujet de ses années FN, il estime avoir “été frappé par le discours de Jean-Marie Le Pen sur la France, avant de (se) rendre compte que les solutions qu'il proposait étaient une impasse”. On notera l’habile circonvolution pour ne pas remettre en cause la base idéologique.

Guillaume Pelier est aujourd’hui celui qui incarne le mieux cette génération nouvelle de ponts entre deux rives que nombreux étaient ceux à ne jamais vouloir rapprocher, et qui aujourd’hui se franchissent sans que ça n’émeuve plus grand monde dans la grande famille UMP.

 À suivre, Lepénite (épisode 3)...

Source : Lemonde.fr ; Marianne ; Politis ; Libération ; Rue89

Pour en savoir plus sur Occident, la note très documentée sur Wikipedia